La Théorie de l’Ennui Perpétuel

La Théorie de l'Ennui Perpétuel - Paul ADW
J’avais envie d’écrire aujourd’hui sur une théorie qui m’est venu dans le métro alors que je me rendais à un anniversaire en banlieue (ouais je passe le périphérique OKLM).
J’étais entrain de mâcher un chewing gum et c’est la qu’un gamin s’est mis à me regarder. Il devait avoir entre 6 et 10 ans. Il m’a vu me le mettre dans le bec et il regardait avec des yeux envieux : le bougre en voulait un aussi, et il était deg.
Évidemment La scène aurait probablement était un peu bizarre si j’avais décidé de lui dire Pro activement “t’en veux un?”. C’est bizarre dans cette société de proposer des bonbecs aux inconnus, et a fortiori si ce sont des enfants. Donc je me suis abstenu et j’ai continué à mâcher tranquillement.

C’est la que je me suis rappelé à quel point quand j’étais gosse je pouvais kiffer ce genre de petites choses. Un copain récupérait un décalcomanie stylé dans son malabar et toute la cour de récré s’enthousiasmait : c’était lui le boss ce jour-là.
Partant de là, je me suis demandé ce qui pouvait faire qu’un truc autrefois kiffant devenait juste banal au bout d’un moment, jusqu’à ne plus provoquer aucune émotion lorsqu’on y est confronté. J’en avais plus ou moins rien à foutre de ce chewing-gum. De la est née ce que j’ai appelé la théorie de l’ennui perpétuel.
Bored as fuck.
Bored as fuck.
Celle-ci veut que chaque chose, répétée un certain nombre de fois, finit par devenir un automatisme et à ne plus être conscientisée, et par extension à ne plus être appréciée. Les excellents travaux de Daniel Kahneman ont montré les différences qui existent dans la pensée en fonction de la partie du cerveau qui traite l’information.
Si ça passe, dans le système X, procédurier, automatisé, presque mécanisé, alors la tache est gérée sans frottements, sans efforts, en mode pilote automatique. Ça peut être le fait de conduire sur l’autoroute, faire une lessive, ou répéter un speech au téléphone etc. Dès lors qu’on a fait une chose un certain nombre de fois, l’attention fini par décrocher.
Lorsque l’attention décroche, Le système émotionnel (ce qui fait qu’on aime ou qu’on aime pas) n’est pas sollicité. Et certes la tache est bien faite car on est rodé, mais la tache elle même ne procure plus ni plaisir ni déplaisir : c’est mécanique et froid. Tous les métiers ont des composantes identiques, donc rébarbatives, donc automatisables par le cerveau afin de ne pas être chiantes quand on doit s’y coller, à défaut d’être kiffantes.
Heureusement qu’on peut penser à autre chose pendant qu’on travaille quand on est à la chaîne dans une usine non ?
Revenons à nos chewing-gums. Si on prolonge ce raisonnement, je me rend compte chez moi que la majeur partie des choses finissent par devenir lassantes lorsque j’y suis confronté souvent. Un chewing-gum, une rencontre par ci, un contrat par la. Et plus Le nombre de choses expérimentées dans la vie devient grand, moins les parties émotionnelles s’activent souvent : tout devient chiant.
En tant que drogué à la nouveauté, aux sensations, aux expériences, on devient vite borné par plusieurs composantes dans cette quête : l’argent (voyager dans d’autres pays par ex), La morale personnelle (nombre de partenaire sexuels par ex), ou La loi (La drogue est interdite par exemple).
Dans l’incapacité à renouer avec l’émotion, certains vont axer sur l’intensité des émotions plutôt que sur leur variété : se mettre des cuites de plus en plus grosses, avoir des délires sexuels chelous ou faire des sports extrêmes.
Ce n’est ni négatif ni positif. C’est plus fort, donc ça titille la partie émotionnelle. Et tu kiffes, ou tu kiffes pas, mais au moins tu ressens quelque chose.
Chacun a un potentiel propre pour agir sur certaines bornes que l’on rencontre : des gens vont vouloir gagner du fric, d’autres s’abstenir de la morale, et d’autres enfin de la loi.
Tout ça pour dans une certaine mesure éviter de se faire chier. Voilà la théorie de l’ennui perpétuel. C’est pas beau, c’est pas moche, c’est humain.
PS : Le plus durable est certainement le fait de calmer la dépendance à l’émotion et a chercher son kiff ailleurs, mais c’est un autre sujet 😉
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